new york

 

Lorsque je regarde cette photo de moi petit, je ne peux m’empêcher de sourire. Je me souviens de cet été étouffant de 1969 à New York. A l’époque, je vivais dans un petit appartement avec mes deux sœurs et mes parents. Il y faisait tellement chaud l’été que je passais tout mon temps dehors avec mon voisin de palier, James. James avait emménagé quelques mois plus tôt, en face de chez moi, avec ses parents et ses 6 frères et sœurs. Souvent les gens du quartier les regardaient de travers. Dans le temps, je croyais que c’était à cause de leur grande famille mais ce n’est que maintenant, soixante ans plus tard que je me rends compte que c’était à cause de leur couleur de peau. A l’époque, l’égalité entre noirs et blancs aux Etats Unis était encore très fragile. Après tout cela ne faisait que six ans que Martin Luther King avait fait son célèbre discours contre la ségrégation raciale et pourtant les inégalités étaient encore très perceptibles dans le pays. Mais pas chez moi, pas dans ma famille. Ma mère m’avait toujours appris à aimer les autres peu importe leur provenance ou leur couleur de peau. Quelle femme formidable était ma mère. James me le répétait souvent. C’est d’ailleurs elle qui a pris cette photo de James et moi, lors d’un après-midi extrêmement chaud dans la grande ville. Je me souviens que nous étions en train de jouer quand tout d’un coup James m’a regardé avec ses grands yeux d’un air triste presque suppliant et m’a dit “amis à la vie à la mort promis?” je l’ai alors enlacé et répondu “promis”. Je n’ai plus jamais vu quelqu’un sourire autant que James à ce moment-là. Je remercie ma mère, là où elle est, d’avoir capturé un moment aussi important de notre enfance. De ma vie, je n’ai jamais tenu une promesse aussi longtemps que celle-ci. Je me tiens aujourd’hui devant ton cercueil, James et je renouvelle ma promesse: à la vie, à la mort.

Repose en paix, petit ange.

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