Aujourd’hui, alors que ma petite sœur et moi étions en train de jouer calmement dans la salle de jeu, maman est venue pour nous annoncer une très triste nouvelle. Elle avait décidé d’apporter son soutien aux pauvres gens de notre village. Je me souviens que dimanche dernier le prêtre avait dit, lors de son sermon, que nous devions nous serrer les coudes et aider ceux qui en avaient le plus besoin. Les bonnes sœurs allaient faire du porte-à-porte cette semaine pour récolter des dons. Maman trouvait que nous avions beaucoup trop de poupées et que nous pouvions en donner quelques-unes aux enfants nécessiteux. C’est vrai que Marguerite et moi avons beaucoup de poupées, chaque année, nous en recevons chacune une de notre oncle John. Mais je n’avais strictement aucune envie de m’en séparer. Ce n’est pas moi qui veux aider les plus misérables, mais ma mère. Pourquoi n’est-ce pas maman qui devrait donner quelques-uns de ses nombreux bijoux, robes ou chapeaux ? Nous ne pouvions garder plus qu’une poupée chacune. Le lendemain pour nous réconforter, papa a fait venir un photographe afin d’immortaliser nos chères poupées. Un souvenir que nous mettrons bien en vue sur nos commodes dans nos chambres. Même mon petit chien avait du chagrin. Maman a sans cesse essayé de nous faire sourire pour la photo, mais sans résultat. Au plus profond de moi, je pleurais !

Collection personelle
Archive personnelle, « Nos poupées », +/- 1915
Publicités